Hommage à Raymond

Paris, 15 juin 2008

 

En abattant le grand maître constantinois du maalouf, le coup de feu détruit aussi un symbole de tolérance, un homme qui, par son art, prouvait que les communautés juive, pied-noir et musulmane pouvaient coexister.

Grâce à ses origines, Raymond Leyris (dit "Cheikh Raymond") était un emblème de cette Algérie où se côtoyaient Islam, Judaïsme et Christianisme. Il était le fils d'une Française et d'un juif de Batna, tué lors d'une offensive sur le front de la Somme pendant la 1ère Guerre mondiale. Fruit d'une transgression culturelle, le bébé (né le 27 juillet 1912) est adopté par une famille juive de Constantine et grandit dans cette ville où se développait une musique aux confins de la musique savante et de la musique populaire, où se mêlaient mystique et poésie.

Très vite, Raymond Leyris devient un maître du oud (luth arabe) et un chanteur aux multiples nuances. Ses capacités vocales exceptionnelles et sa virtuosité instrumentale lui attirent de son vivant la reconnaissance de ses contemporains qui lui décernent le titre de Cheikh et font que, aujourd'hui encore, il est considéré comme un grand maître.

On raconte que lorsqu'il chantait à la télévision ou à la radio, les rues de la ville juive et arabe se vidaient.

Aujourd'hui encore, les enfants qui ne connaissent Constantine qu'à travers les récits de leurs grands-mères, dansent et pleurent sur ses mélodies. Une sorte de mémoire génétique qui fait qu'on ne sait plus si Constantine est notre souvenir ou celui de nos aïeux. Une petite lumière qui, à l'instar de ces veilleuses que j'allume tous les vendredi, ne s'éteindra pas avec moi. Parce que nous sommes les maillons d'une chaîne qui jamais ne se brisera.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

Constantine est la ville la plus étrange qu'on puisse rêver.

 

Bâtie sur un rocher et entourée presque complètement d'un ravin d'une profondeur à donner le vestige, elle semble isolée du monde entier.

 

On dirait un nid d'aigles ou le repaire de ces seigneurs du moyen âge aussi valeureux que mystérieux.

 

Constantine, l'ancienne Cirta des rois numides, des écrivains arabes, des musiciens juifs, était si florissante qu'elle pouvait mettre sur pied dix mille cavaliers et vingt mille fantassins.

 

Hélas je n'aurai pas la chance de la voir de mes yeux. Je continuerai à ne connaître que ses reproductions et je ne pourrai jamais fouler de mes pieds la terre des miens.

 

Non pas qu'on me l'interdise  mais peut-être par solidarité avec celui qui est plus qu'un symbole pour nous (lien ici). Peut-être parce que certaines déclarations officielles ne me laissent pas sans réaction. Ou peut-être aussi parce que l'Algérie d'aujourd'hui risque d'être bien loin de l'Algérie d'hier .

HERITAGE

 

De Constantine ils se sont éloignés
Certains en métropole, voulaient s'installer,

Quand d'autres se dirigeaient déjà à Tsion,
Laissant derrìère eux, amis, maisons, illusions.

Bientôt ils se trouvèrent tous éparpillés
Oubliant leur véritable identité.
Ils confondaient culture et religion,
L'intégration pour eux, signifiait élection.

Je suis de celles qui refusent d'être cloîtrées
Dans ghetto, prison ou système de pensée.
De cet héritage, celui qu'on m'a donné,
Je désire conserver sa totalité.

Djellaba et Kipa, mon père revêtait
Car c'est de liberté dont il présumait.
Fidèle à sa mémoire et à sa tradition,
Je garde dans mon coeur, Constantine et Tsion.

CHEIKH RAYMONDZone de Texte: Raphael Draï écrit dans l’épilogue du ‘Pays d’avant!’ (1) : « Je préfère garder en mémoire la présence de ce pays d’avant, et puis transmettre ce que je sais encore de lui, de sorte qu’il vive aussi longtemps que possible ». 

C’est chose faite, Raphaël ! La génération qui te suit, grâce à ton livre et aux souvenirs de nos grand-mères reprend le flambeau de la mémoire pour que Constantine vive encore.
LA SYNAGOGUE DE CONSTANTINEZone de Texte: (1) ISBN 978-2-84186-433-1, achetez-le, les droits d’auteur reviendront à l’Association des Juifs Originaires du Constantinois pour effectuer les travaux de rénovation et d’entretien du cimetière juif de Constantine.

Hommage à Raymond, par le Grand Rabbin Zerbib

Synagogue Beit Hamidrache, Constantine, 22 juin 1961

 

« Raymond était la voix de cette ville. Ses assassins ne répondront pas de son crime devant la justice des hommes. (…) Mais ils en répondront devant D-ieu parce que, pour chanter comme Raymond chantait, il faut avoir reçu son âme des mains du Créateur. (…) Les juifs vont partir parce qu’ils ne veulent pas revire le pogrom de 1934. Lorsqu’ils seront partis, leurs prières ne s’élèveront plus au-dessus de l’abîme. Elles n’appelleront plus sur Constantine les pluies fécondes et les vents cléments. Avec eux, partira la Présence divine qui s’attachait à leurs pas, à leurs psaumes, à leurs jeûnes, à leurs bénédictions. Un temps viendra où l’Algérie payera au prix fort ces meurtres sans autre cause que le sentiment d’une supériorité sans fondement, trop longtemps contrariée et qui trouve maintenant à s’exalter. (…). »

 

Zone de Texte: J’ai longtemps cru que ma proximité culturelle avec les musulmans d’Algérie ne pouvait se traduire que par une certaine fraternité. Bien longtemps j’ai cru que les juifs d’Algérie partageaient avec moi ce sentiment de ‘gémelléité’. Puis j’ai compris. C’était oublier les 130 ans de colonisation française avec son cortège d’injustices et d’absences d’humanité. C’était oublier le Décret Crémieux qui divisa l’Algérie mais qu’acceptèrent les juifs pour sortir de la ‘dhimmitude’ et devenir des citoyens à part entière. C’était oublier les horreurs de cette guerre fratricide qui devait se terminer par l’exil forcé.

Depuis ce triste été 1962, certains se sont sentis obligés de faire des choix. Des choix drastiques à l’image du fou de l’échiquier qui ne marche que sur les cases blanches ou sur les cases noires sans jamais passer des unes aux autres.

Je ne suis pas de ceux-là. La vérité, la ‘voie du mileu’ est faite d’un camaïeu de gris bien plus proche de la réalité. C’est pour cette raison que je refuse de nier une partie de mon identité. Ce serait faire insulte à mes ancêtres. Parce que les Juifs étaient effectivement parmi les plus anciennes populations d'Afrique du Nord où ils vivaient très probablement déjà à l'époque de Rome et Carthage et certainement sept siècles avant notre ère, je suis riche d'une culture fort ancienne à laquelle je ne suis pas disposée à renoncer.

A l'époque romaine et au début de l'expansion du christianisme, les Juifs du Maghreb étant prosélytes, des tribus berbères s'étaient converties au judaïsme, si bien que les Juifs d'Algérie se définissaient volontiers comme "Juifs berbères" (voir le blog consacré aux juifs berbères en cliquant ici).

Au 7ème siècle, quand les Arabes arrivaient, les Juifs adoptèrent leur langue et devinrent ce qu'on appelle encore aujourd'hui des "Juifs arabes".

Au 15ème siècle, le Constantinois est une des plus importantes communautés juives vivant au Maghreb.
Constantine est la dernière grande ville d'Algérie à résister aux Français, elle tombe en 1837, et quelques familles la quittèrent pour ne pas être "souillés" par les arrivants.

Pourquoi donc aujourd'hui devrait-on nous séparer d'une moitié de nous-mêmes ? Pourquoi ne pourrait-on pas conserver ce qui fut notre depuis toujours ?

Les conflits du Moyen-Orient nous concernent parce que Tsion est un thème central dans le judaïsme et qu'il en va de notre futur mais, si nous savons où nous voulons terminer nos jours et qui nous voulons défendre, nous n'en oublions pas pour autant la terre qui nous a accueillis.

A quel titre d’ailleurs voudrait-on nous faire croire que notre patrimoine culturel entrerait en contradiction avec notre croyance religieuse? 

Pour détester l'autre, il faut d'abord mener une entreprise de falsification de l'histoire en niant les points communs qui pourraient dangereusement devenir des traits d'union. Une autre forme de révisionnisme contre laquelle il faut se battre parce qu'il s'agit non seulement de nous spolier de notre culture mais également de nous éloigner de ceux avec qui nous avons tant partagé. 
L'amnésie ne fait pas partie de nos maladies congénitales. Bien au contraire, le fait que nous soyons encore présents après deux millénaires de persécution ne se doit pas seulement à la seule volonté de notre Créateur (que Son nom soit sanctifié) mais aussi à notre mémoire ancestrale.
J'étais, je suis et je resterai donc, n'en déplaise à certains, juive et bent bladi.
Zone de Texte: Une vidéo de Constantine est disponible sur fond musical de Hadj Fergani
sur Algerian Tourism en cliquant sur ce lien : http://www.algeriantourism.com/constantine.htm

 

Réalisé par Valérie Amram d’Onofrio et Tarek  Ben Ameur

Site de la famille AMRAM

LIMINAIRE

Zone de Texte: Les expressions judéo-arabes
Zone de Texte: Les personnalités constantinoises
Zone de Texte: Les écrivains constantinois
Zone de Texte: Les sportifs constantinois
Zone de Texte: La vie religieuse à Constantine
Zone de Texte: La musique constantinoise : le maalouf
Zone de Texte: Statistiques de la population juive dans le Constantinois de 1881 à  1931
Zone de Texte: La Gandoura constantinoise

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