Bien que le français soit devenu notre langue depuis la colonisation, nos grand-mères utilisaient souvent des expressions en judéo-arabes qu’il serait dommage d’oublier. La génération de ceux qui sont nés après l’indépendance de l’Algérie ne parle malheureusement pas l’arabe mais il lui reste quelques perles que nous avons voulu vous livrer. Nous vous les avons transcrits en phonétique puis dans la langue de la science et des poètes, pour que vous puissiez, le plus fidèlement possible les reproduire.

Vous verrez, c’est magique : si vous les prononcez, vous entendrez de nouveau ces grand-mères peu lettrées mais qui exprimaient tant de savoir et de sagesse avec leurs proverbes, et tant de bonté avec leurs bénédictions.

Laissez donc parler les Fortunée, Zmerda ou Ninette pour retrouver les sons d’antan.

 

 

 

 

 

 

 

 

Al ‘hak : ٲڶحق

"La vérité". Se dit lorsque quelqu’un éternue au moment ou une autre personne parle. Le Divin se manifesterait à travers l’éternuement prouvant la véracité des propos formulés.

Dans le même esprit, on dit aussi  âtcha kheyr men chaed : عطة خير من شاهد   "Un éternuement vaut mieux qu’un témoin".

 

Âla ‘hayetiek : علا حياتك

"A ta santé". Se dit pour dire à quelqu’un qu’il a  manqué.

 

Âyita ouchôud âla dba’h elghenfoud :عيطة و شهود على ذبيحة القنفود

" Des grands cris et les témoins pour l’égorgement du hérisson". Cette expression moqueuse imagée signifie que l’on fait beaucoup de bruit pour peu de chose.

 

Âoued el passouk : عاود الباسوك

"Répète le passage". A l’origine, lorsqu’un élève faisait des erreurs en lisant la Torah, l’enseignant lui demandait de répéter le passage. Par la suite cette phrase a été reprise dans le dialogue courant et s’utilisait pour se moquer de quelqu’un qui répète la même chose plusieurs fois.

 

Atek biad saad, ata tmel menno : أعتيك بياد إسّعدحتا اتمل منّو

"Que tu aies de la chance jusqu'à ce que tu en aies marre".

 

Âtini dieli âlrass kalbi : أعطيني ديالي على راس قلبي     

"Donne le moi (sous entendu, le mal) sur la tête de mon coeur". Nos grand-mères le disaient lorsqu’on se faisait mal, préférant prendre elles le coup, à la place de l’être chéri.

 

Bentmen ouen tchkoun? : بنت من أو وين تسكن

À Constantine, notre identité ne vaut que par notre filiation. "Fille de qui, elle habite où ?" est la question essentielle posée aux femmes pour établir une rapide généalogie et savoir de qu’elle "Daar" (اﺭ د ) (Maison, famille) elles sont.

 

Chaâ ou chaâ fik : الشح فيك

"Bien fait pour toi!". Se dit lorsqu’on se réjouit d’un petit désagrément de l’autre que la providence lui enverrait au moment opportun pour le punir.

 

Hada dounia : هادي الدنيا
"Quel monde" ou "quelle vie". Se dit en signe de désespoir devant des attitudes non conformes  à la morale.

‘Hachek : حشاك

"Sauf ton respect". Les Constantinois faisaient très attention à ne pas offenser.

 

Kefta ou Ftil : كفتة و فتيل

"boulette et couscous". Expression utilisée pour se moquer de l’accent constantinois dont la prononciation des T est si particulière (TCHI).

 

Khede men yed oua’had chebaân oulajâ ou metkhedech men elyed ‘eljân oula chbar:

خود من يد واحد شبعان و ما تخوددش من يد جيعان ولا شبر

"Prends de la main de celui qui n’a jamais eu faim et qui a faim et ne prends pas de celui qui a toujours eu faim et qui est rassasié". Proverbe qui signifie que celui qui a faim est généreux mais qui n’est plus dans le besoin oublie ce qu’est la nécessité.

 

Khamsa âlik : خمسة عليك

"Cinq sur toi". Le chiffre cinq, comme le nombre de doigts de la main protègerait du mauvais œil.

    

Kheïr : خير

"Mieux". Lorsque nos mères ont peur d’entendre une mauvaise nouvelle. 

 

Khemel yataleb lebra fi chechiya خمل يا طالب لبرى في الشاشية

"Prépare toi à partir, l’aiguille est dans mon chapeau." `Tout est en ordre pour y aller. 

 

Kifesh nâmel :كيفاش نعمل

"Comment je vais faire?". S’emploie lorsque quelqu’un doit faire un choix cornélien. En général suivi de "ana maghbona"    انا مغبونة (moi, la pauvre).

 

Koul oua’hâd ou sâdo : كل واحد و سعدو 

"Chacun sa chance". S’emploie pour minimiser une malchance.

 

Lâdek : لعداك

"Que cela te soit épargné !" Souhait formulé après ou avant de parler d’une chose désagréable.

 

La’hchouma : لحشومة

"La honte". Le pire sentiment qui soit est la honte dans le monde arabe.

 

Laykounmout l'gharbyin : الا يكون موت الغايبين 

Prononcé à chaque occasion faste en pensant aux absents.

 

Laykoun mouttiek لا يكون موتك

"Que ce ne soit pas ta mort".

 

Lah yister : الله يستر

"D-ieu nous préserve". S’utilise lorsqu’on entend une catastrophe ou pour s’en protéger.

 

Lâqoba âm akhor : لعقوبة هم آخر

"A la prochaine qui sera meilleure".

 

Lismar ifzâ ou litel yâ hrab : اللي سمع يفزع و اللي يطل يهرب

"Celui qui entend prend peur, celui qui voit se sauve". S’emploie lorsque quelqu’un fait une description terrifiante

 

Makhassek : ما خصك

"C’est tout ce qui te manque". Se dit au prétentieux disgracieux qui se croit l’égal de son interlocuteur.

 

Maya gzéra ! : ما يا ڤزيرة

"Quelle catastrophe" "Quel malheur". De l’hébreu "gzéra", décret divin.

 

Maya ghola :ما يا غولة

"Quelle sorcière". Se dit d’une femme qui crie et critique beaucoup.

 

Maya tréha : ما يا طريحة

"Quelle tannée!". Se dit d’une corvée.

 

Mentechouech :من تشوش 

 "Que je sois épargné".

 

Merqa ou rouz : مرقة و روز

 "La sauce et le riz". Se dit d’un homme et d’une femme lorsqu’ils sont faits l’un pour l’autre.

 

Nefdek : نفدك

"Je te soulage" je prends à ta place, je t’en supplie.

 

Nefde zaïnek : نفد زينك

"Que je prenne ta beauté!" Que tu es belle!

 

Ou ârliya: اوه علي  

"Sur moi". Se dit en cas de catastrophe.

 

Qtâ ou blâ : قطع و بلع

"Déchire et avale". Expression utilisée lorsque quelque chose est facile à manger.

 

Shoufouni ya ness :شوفوني يا ناس 

 "Regardez-moi, les gens". S’utilise pour quelqu’un qui cherche à se faire voir et valoir. L’équivalent en français serait "un m’as-tu vu".

 

Smilah Mrâk: اسم اله معاك

"Le nom de D-ieu avec toi". Mot prononcé quand quelqu’un avale de travers.

 

Tâali dyini :تعالي جيني

Se dit pour plaindre quelqu’un qu’on aime.

 

Tyich : تعيش

"Vis!". Se dit lorsque que quelqu’un éternue pour le préserver de l’ange de la mort qui profite de l’éternuement, moment de faiblesse, pour s’emparer de sa vie.

 

Tménik :تمنييك

 "Cinéma, genre, manières, …" (cf za’ama)

 

Yarani kabara lik : يا راني كبارة ليك

"Que je sois kapara - expiation - pour toi". Pour montrer l’admiration.

 

Yamma el’hanina : يما لحنينة

"Maman la clémente". Se dit souvent comme prélude à une plainte.

 

Ya ‘hasra : يا حصراه 

Se dit pour manifester sa nostalgie d’un temps perdu.

 

Yâteni derba : يعطيني ضربة

"Que je reçoive le coup (sous entendu, "à ta place")". Nos grand-mères le disaient lorsqu’on se faisait mal, préférant prendre elles le coup, à la place de l’être chéri.

 

Zâma : زعمة

"Soi disant, genre ". Se dit aux menteurs et aux hypocrites.

 

 

 

 

 

 

EXPRESSIONS EN JUDEO-ARABE DU CONSTANTINOIS

EXPRESSIONS en                          

DU CONSTANTINOIS

 

 

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Zone de Texte: Statistiques de la population juive dans le Constantinois de 1881 à  1931
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Ont collaboré à cette section : Gilette Amram, Annie Amram, Odette Allouch, Jean-Luc Allouche (AJOC)

Transcrit par Ryad Z.

Réalisé par Valérie Amram d’Onofrio et Tarek  Ben Ameur

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