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LE GOLEM |


















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Cela fait un moment que nous n’avons rien publié dans cette rubrique. Nous étions à la fois dans l’attente, dans l’observation et aussi je dois l’avouer dans une attitude de déception rarement atteinte. En fait nous ne pouvions pas croire ce qui se passait sous nos yeux.
Ce « printemps arabe » comme il est coutume de l’appeler était en train de fracasser. Pire encore, de provoquer un saut en arrière de plus de 50 ans.
Mais il était difficile de l’admettre tant notre expectative était grande. Un an après les premiers soulèvements, nous sommes bien obligés de faire le point si nous voulons rester crédibles dans nos prises de position.
La Tunisie
Commençons par la Tunisie puisqu’elle était le pays le plus prometteur. Un pays où l’analphabétisme avait pratiquement disparu nous faisait penser que si un seul pays devait s’en sortir, c’était celui-ci. Alors comme c’est aussi le premier à avoir échoué, nous attendions tristement que les autres pays alentours suivent le chemin et malheureusement, le diagnostic s’est avéré juste.
On lit un peu partout qu’on ne peut pas imposer aux pays arabo-musulmans notre vision de la démocratie comme si cette notion était un principe flou aux frontières mal définies qui pouvait s’adapter au gré des latitudes. De quoi nous en faire perdre notre latin ou plutôt notre grec. Au risque de paraître condescendants, il nous faut rappeler que le principe démocratique doit gouverner aux élections mais il doit également les suivre. On ne peut accepter un gouvernement élu sous le seul prétexte qu’il s’agit du choix du peuple, si ce même gouvernement, décide ensuite de rompre le principe démocratique en édictant des lois qui lui sont contraires. Rappelons-nous à titre d’exemple, qu’Hitler a été élu démocratiquement, mais qui, aujourd’hui, oserait dire que le troisième Reich était démocratique ?
Par ailleurs, il est bon de rappeler que les islamistes ont gagné les élections grâce au système proportionnel au plus reste, et à cause de la dispersion des voix vers les multiples listes indépendantes (Le islamistes ont obtenu 1.300.000 voix pour presque 4.000.000 d’électeurs).
Mais faisons un petit retour. Le 13 janvier 2011, Ben Ali faisait un discours plutôt apaisant qui semblait avoir calmé une grande partie de la population et dans lequel il promettait des réformes. L’usage du dialecte tunisien avait même revêtu le discours présidentiel d’une certaine sincérité. Le lendemain, soudainement,aux premières du jour, les Tunisiens sortent dans les rues de façon assez violente. La situation sécuritaire était devenue préoccupante mais certainement pas de nature à menacer les institutions du pays encore moins la présidence de la république. Et pourtant, Ben Ali embarque à bord d’un avion pour quitter le pays. Troublant !
Mais plus troublant encore. Dans la capitale, ni le GIPP (Groupe d’Intervention et Protection des Personnalités), ni le GCGN (Groupe Commando de la Garde Nationale) ni le GFS (Groupe des Forces Spéciales) n’ont bougé pour protéger la famille présidentielle. Qui, dit en passant, a été arrêtée par la BAT (Brigade Antiterrorisme) à l’aéroport sans qu’aucun mandat n’ait été émis à son encontre. Or nous sommes en droit de nous demander de qui ces groupes recevaient les ordres de non-intervention. Du peuple ? Peu probable, il n’y a jamais eu d’organisation populaire telle qu’elle permette de contrôler les moindres forces de l’ordre, moins encore ces unités d’élite.
Mais peut-être a-t-on un petit doute quand on sait que ces groupes sont formés aux Etats-Unis et que les voyages entre Washington et Tunis étaient plus nombreux que de coutume quelques semaines avant l’événement. Puis par la suite lorsque certains journaux publiaient les écoutes téléphoniques entre les différents groupes, les doutes commençaient à se dissiper. Un officier de la garde nationale tunisienne avait déclaré sur la chaine Al-Arabiya que l’ambassadeur américain à Tunis avait suggéré au chef d’état-major tunisien de prendre la situation en main. Autrement dit prendre le pouvoir, mais la furie du peuple avait rendu périlleuse toute ascension illégitime au sommet de l’Etat.
Bien sûr vous allez me dire que le fantôme des Etat Unis est un thème récurrent, de la paranoïa antiaméricaine primaire, cependant reconnaissez que la concomitance de ces faits et plus tard les étonnantes déclarations de Clinton qui félicitaient les Tunisiens des élections, trois jours avant les résultats alors que déjà l’on savait que Ennahda allait arriver en tête, peut susciter quelques interrogations. Voire quelques éléments de réponse.
Mais pourquoi regretter un régime autoritaire ? Et bien résumons la situation dans laquelle se trouvent les Tunisiens après l’accès au pouvoir du nouveau régime islamiste « modéré », en faisant des comparaisons avec l’antérieur et en se demandant quels étaient les objectifs poursuivis à l’origine par les manifestants.
Tout d’abord, le monde entier et les Tunisiens avec, cherchaient à se défaire d’un régime despotique dans lequel le Président conservait la totalité des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Et qu’a-t-on aujourd’hui ? Quid de la séparation des pouvoirs ? Nous avons un Premier Ministre, qui, à travers la nouvelle constitution se confère le pouvoir exécutif, le législatif dans des cas exceptionnels qui ne sont évidemment pas décrits et qui nomme les juges de la Cour suprême. Avec en sus des durées de mandat qui ne sont pas spécifiées.
Pour la rupture avec le despotisme, c’est plutôt raté.
Mais continuons. Les Tunisiens voulaient également lutter contre le népotisme de Ben Ali. Et qu’à-t-on aujourd’hui ?
Quelques semaines après son ascension au pouvoir Rached Ghannouchi nomme son gendre du ministère des Affaires étrangères. Et ceci n’est qu’un début.
Qu’ont gagné les Tunisiens ? Je me pose la question. Mais il est clair que l’éléphant a accouché d’une souris.
Personnellement, je préfère de loin une dictature laïque à une théocratie, car la première peut être soignée comme une maladie qui provoquerait la paralysie d’un membre mais permettrait au reste du corps de fonctionner vaille que vaille, alors que la deuxième est comparable à un cancer qui détruit peu à peu tout ce qu’il touche et finit par tuer le malade atteint.
L’Egypte
Israël avait de bonnes raisons de ne pas se prononcer lors du départ de Moubarak. Certes, pour un pays démocratique, le départ d’un dictateur est toujours louable mais les inquiétudes sur les conséquences sur la sécurité du territoire israélien étaient bien justifiées.
Lors des dernières élections, les Frères Musulmans et les Salafistes sont sortis grands vainqueurs avec plus de 60% des votes exprimés.
Forts de cette représentativité, les Islamistes de tous poils, réclament depuis quelques mois la rupture des accords de paix avec Israël, le Sinaï est devenu le bastion d’Al Qaida, la frontière avec Gaza une passoire, les massacres coptes ne font même plus la une des journaux tant ils sont habituels, l’Ambassade d’Israël au Caire saccagée sans que l’armée ne réagisse. Bref, le chaos est de retour.
Quelle est l’attitude des Etat Unis ? Ils « se félicitent des résultats du processus démocratique ». Et tout récemment encore, le porte-parole de la Maison-Blanche a déclaré qu’il ne voyait aucun inconvénient à la prise de pouvoir des terroristes islamistes et que Washington était « prêt à engager des pourparlers avec le nouveau gouvernement égyptien ».
Il faut dire qu’ils n’en sont pas à un coup d’essai car les agences de renseignement occidentales ont une longue histoire de collaboration avec les Frères musulmans. En effet, l’appui de la Grande-Bretagne aux Frères musulmans remonte à 1940. Et selon l’ancien représentant du renseignement William Baer, «La CIA a acheminé du soutien aux Frères musulmans en raison de leur admirable capacité à renverser Nasser». (1954-1970: CIA and the Muslim Brotherhood Ally to Oppose Egyptian President Nasser).
Le Maroc
Là aussi, on assiste à un bond en arrière sans précédent. Le Gouvernement précédent de Abbas El Fassi, avait nommé sept ministres femmes entre 2007 à 2011. Le nouveau gouvernement islamiste en place qui permettra, du moins le croit-il, au Roi de conserver son trône, arbore une parité exemplaire avec en tout et pour tout, une seule femme ministre.
Vêtue d’un hijab, Bassima Derkaoui sera ministre de quoi ? Je vous le demande… Roulements de tambour. … de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social ! CQFD. Quant au Code de la Famille, il ne reste plus de lui qu’un vague souvenir que la Ministre balaye rapidement d’une phrase lapidaire : « la polygamie n’existe que parce que les femmes le veulent bien ».
Les éloges de la Maison-Blanche affluent alors et l’Europe, qui n’est pas en reste, prône un « dialogue avec les partis islamistes ‘modérés’ » comme le Parti Justice et Développement (PJD).
La Syrie
Cinq mille morts au dernier recensement et l’Occident ne bronche pas. Clinton avait depuis plusieurs mois déjà rassuré Bachar el Assad : « les Etats-Unis n’interviendront pas militairement ».
Quant à l’Europe qui pourrait appliquer des sanctions, elle a passé la patate chaude à la Ligue Arabe en mission d’observation qui « ne constate rien ». Il est pourtant bien inutile de se rendre à Damas ou à Alep pour savoir ce qu’il en est de la répression du régime Alaouite. Il suffit simplement de se connecter à internet et de visionner les vidéos que les syriens postent sur YouTube.
Qui gagne quoi ?
N’ont-ils pas reçu des leçons de l’histoire avec Khomeini protégé et mis ne place par la France en Iran, avec Bin Laden fabriqué par l’oncle Sam ou avec Saddam Hussein lourdement armé par la première puissance mondiale ? Visiblement non !
Pour ma part je ne peux m’empêcher de penser à la légende du Golem du Maharal de Prague. Celui-ci avait créé une statue d’argile qui devait protéger la vie et les intérêts de la communauté juive en obéissant aux ordres de son créateur. Sur son front était inscrit le mot « EMETH » (vérité). Pour détruite cette créature, il suffisait d’effacer la première lettre (aleph) car « METH » signifie mort. Cependant le Golem était devenu trop grand pour que le Rabbin pût atteindre son front et ainsi effacer l’aleph et mourut écrasé par la masse de sa créature… |
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