Si on est acculé, on dira comme d’habitude, qu’on ne savait pas.

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Décidément nous sommes bien seuls. Non que l’approbation ou la sympathie des autres me manquent réellement, je ne m’en plains pas. On apprend à vivre avec dans la plus parfaite normalité. Mais je constate et aujourd’hui j’avais bien envie de faire le point de nos relations avec le monde chrétien, de faire tomber quelques masques.

Nous parlons beaucoup de nos différends avec les lointains pays arabo-musulmans mais le monde occidental bien plus proche géographiquement n’est jamais en reste. Et le pire c’est que ce n’est pas nouveau. Certes, on n’apprend plus dans les églises aux enfants que les juifs sont les assassins du « fils de D-ieu ». Certes les termes de félonie et trahison ont disparus des prêches dominicaux. Mais cela veut-il dire que les mentalités ont changé ou simplement que le discours se fait plus subtil ?

Nous avons tous ces impressions vagues d’un antisémitisme latent ou résurgent ici et là. Mais c’est un sentiment vague que l’on a du mal à justifier lorsqu’on nous accuse de paranoïa.

Alors cette fois je vais mettre les faits  les uns derrière les autres. Le message général envoyé par le monde chrétien sera donc plus clair et nous comprendrons bien la logique d’ensemble qui meut cette belle communauté pleine d’amour pour son prochain.

Isabelle la Catholique: béatification

Initié en 1958, le procès en béatification d’Isabelle la Catholique est soutenu par de nombreux hommes d'Église espagnols et latino-américains, et particulièrement par les cardinaux espagnols Rouco et Cañizar.

Les opposants à cette béatification mettent en avant deux objections majeures. Tout d'abord, Isabelle a été glorifiée par le régime franquiste, dont elle était une des icônes et la canoniser reviendrait à soutenir ouvertement ce régime. Ensuite et surtout, Isabelle est responsable de l’Inquisition avec son cortège de tortures, d’assassinats, d’expropriations et d’expulsions des juifs d'Espagne.

Pie XII : béatification

Le processus de béatification de Pie XII a été ouvert en octobre 1967 mais a été ralenti par les controverses sur son attitude face à la Shoah. Peu de temps après le début de son pontificat en 2005, Benoît XVI reprend le flambeau et plaide à son tour pour la béatification de ce Pape, nommé en 1939, quelques mois avant le début de la Deuxième Guerre mondiale et qui ne s'était pas associé, en 1942, aux Alliés dans leur condamnation du massacre des Juifs. En 1943, quand des juifs italiens sont déportés à Auschwitz, le pape Pie XII n'intervient pas non plus. Les partisans de sa béatification diront qu’il sous-estimait alors le péril que ses juifs encouraient. Alors que les juifs se terraient dans des caves car ils savaient eux, simples citoyens, ce qui les attendait au détour d’une arrestation, on peut mettre en doute l’ignorance naïve d’un chef d’état.

Abbé Pierre

En 1996, l’Abbé Pierre, la personnalité la plus appréciée des Français, avait publiquement apporté son soutien à son ami Roger Garaudy qui avait tenu des propos et produit des écrits révisionnistes inacceptables.

L’Abbé Pierre exprimait son soutien dans une longue lettre de cinq pages intitulée « à mon ami Garaudy » et multipliait ses nombreuses conférences de presse sur le sujet.

Quelles ont été les réactions vaticanes ? Aucune. Ni condamnation, ni déclaration. Rien. Silence radio.

Monseigneur Williamson : levée d’excommunication

En mars 2009, Benoît XVI, propose la levée d’excommunication de Monseigneur Richard Williamson et de trois autres prêtres qui avaient proféré des propos négationnistes.

Une première en la matière. Jamais un Pape n’avait désavoué un de ses prédécesseurs en levant une excommunication.

Mais il ne s’agit pas d’un pape lambda. Il s’agit de celui qui en 1922 s’est enrôlé dans le mouvement de jeunesse nazie fondé par Hitler en 1922. Ceci expliquerait peut-être cela.

Devant le tollé général, le Vatican se voit obligé de déclarer dans une lettre de six pages adressée aux évêques que le Pape n’avait pas pris connaissance des déclarations négationnistes de Mgr Williamson avant de décider sa réintégration. Décidément, les services de communications du Saint-Siège ne se sont pas améliorés depuis la Seconde Guerre mondiale. Cependant, malgré ces « nouvelles » informations prises, le Pape ne change nullement d’avis et trois jours plus tard, il lève l’excommunication de Mgr Williamson et de trois autres évêques traditionalistes de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X fondée en 1970 par l’évêque schismatique français Marcel Lefebvre.

Rappelons à titre anecdotique que ce même Marcel Lefebvre est celui qui a exprimé en 1976 son  soutien au régime du général Videla en  Argentine, celui qui, en 1985, déclare admirer les régimes qu'ont mis en place Franco en Espagne, Salazar au Portugal et qui, la même année, accorde son soutien, dans le quotidien « Présent » à Jean-Marie Le Pen.

La négation des chambres à gaz et la remise en cause du chiffre de six millions de victimes juives au cours de la Deuxième Guerre mondiale participent de la remise en question de la politique d’extermination nazie et de la Shoah. L’historien Pierre Vidal-Naquet qualifiait « d’assassins de la mémoire » ou « d’Eichmann de papier » les falsificateurs de l’histoire. En choisissant de réintégrer au sein de l’Eglise catholique des évêques qui se présentent ouvertement comme des défenseurs de thèses révisionnistes, et des pires dictatures du 20ème siècle, le Vatican se rend coupable de ces mêmes crimes.

Le Père Raniero Cantalamessa et Ludwig Müller, évêque de Ratisbonne,

Fin mars, en pleine « semaine sainte », le jour le plus symbolique marquant les mauvaises relations entre juifs et catholiques, le Père Raniero Cantalamessa, prédicateur du  Vatican déclare que les attaques «contre l’église suite aux affaires de pédophilie, proviendraient du lobby juif ».

En écho, l’évêque de Ratisbonne, Ludwig Müller compare les critiques de la presse «à des méthodes nazies». Comment peut-on faire preuve d’aussi peu d’honnêteté intellectuelle et comparer les juifs assassinés durant la Shoah aux prêtres pédophiles et mettre sur pied d’égalité des journalistes faisant leur travail d’information et d’investigation avec les méthodes employées par le nazisme ? Quel but poursuit-on avec ces amalgames sinon noyer le poisson une fois de plus en minimisant un des aspects les plus sombres de l’histoire de l’humanité ?

Alors qu’aucune institution juive, ni aucune personnalité juive n’avait fait le moindre commentaire sur cette sombre histoire qui secoue le Vatican, nous voilà au centre de cette  affaire d’agression sexuelle pratiquée sur des enfants.

Afin de ne pas remettre en question le célibat des prêtres tenu pour responsable de cette grave déviation, on détourne le problème en accusant journalistes, juifs, lobby qui s’il existait réellement serait bien peu efficace. Un glissement de plus et on se retrouve avec le bon vieux complot judéo-maçonnique visant à déstabiliser une Institution qui se passe volontiers de nos services pour s’autodétruire.

Pourtant, ne pas reconnaître le lien de cause à effet entre l’abstinence et la pédophilie c’est suggérer que la pédophilie est un mal intrinsèque au christianisme. Le Saint-Siège ferait bien d’affronter ses incohérences et supprimer cette directive qui ne date pas de la naissance du christianisme ou des Apôtres mais du Concile d’Elvire tenu en Espagne (et oui, encore l’Espagne) en 306, puis du Concile de Nicée en 325 s’il ne veut pas que s’effondre l’ensemble de la fable. Il devrait réfléchir aux répercussions que pourraient entraîner la négation des rapports de causalités s’il ne veut pas lui-même discréditer les fondements de sa religion. Car, quel historien sérieux peut soutenir la thèse qu’il y a 2.000 ans, un juif religieux était célibataire et comme lui, 12 de ses partisans ? Quel théologien ignorerait les injonctions divines à l’enfantement maintes fois répétées de la Genèse ?

Si l’on se place d’un point de vue religieux, si l’on considère que l’inspiration du Livre est divine, comment peut-on oser en rajouter ou en retirer à moins de se prendre pour D-ieu Lui-même? Et c’est bien ça le problème de fond. Ce qu’on nous reproche c’est d’être toujours restés fidèles aux commandements, c’est d’avoir toujours compris qu’on ne peut modifier ni une lettre de la Torah, c’est, sans en avoir fait la mauvaise expérience, bien avant Lorenz ou Laplace, avoir compris qu’une altération infime provoque la fragilité de l’ensemble de l’édifice. La Torah a été transmise à un peuple têtu et choisi pour tel. Que ceux qui ne l’ont pas compris et se prétendent légataires d’un codex dont ils ignorent tout ou dont ils font fi du contenu, en assument les conséquences.

En tout état de cause, je pense qu’il ne doit pas faire bon vivre dans la peau d’un catholique apostolique romain, hier comme aujourd’hui. Et même si parfois je regrette de ne pouvoir partager le 'jamon serrano' avec mes amis ou si je me lamente d’avoir à attendre la tombée de la nuit pour appeler ma tante le samedi à Jérusalem (ben oui c’est toujours le samedi que j’ai envie de l’appeler), je remercie chaque jour le ciel de nous avoir donner des lois cohérentes en accord avec notre nature humaine et nous permettant d’avoir une vie saine et équilibrée.

Ce même Livre qui par son enseignement transmis de génération en génération a donné au monde des Marx, des Spinoza, des Golda Meïr et non des Pinochet et autres Franco.

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Réalisé par Valérie Amram d’Onofrio et Tarek  Ben Ameur