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QUI A EU CETTE IDÉE FOLLE, UN JOUR D’INVENTER LES PORTES |
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Réalisé par Valérie Amram d’Onofrio et Tarek Ben Ameur |
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Ça ne vous gêne pas vous les portes ? Moi je les déteste. Ce n’est pas une lubie, loin de là, j’ai bien des raisons pratiques et esthétiques. D’abord la porte vous prive d’un minimum de 90 cm2 de la pièce. Imaginez votre cuisine, pièce dans laquelle l’espace fait généralement cruellement défaut, sans porte. Vous voyez déjà les meubles en plus que vous pourriez y mettre pour ranger vos couscoussiers et vos marmites en tout genre? Ensuite reconnaissez avec moi que c’est esthétiquement d’une extraordinaire laideur. Une porte doit être ouverte ou fermée n’est ce pas ? Alors fermée, ça va encore mais ouverte c’est laid. La porte introduit comme une rupture de l’unité de l’espace, une séparation qui s’annonce. Cette plaie béante sur le mur demande naturellement à être fermée. Mais une fois fermée, elle ne peut pas demeurer en l’état au risque de s’aliéner l’usage de la pièce qui se trouve derrière et de limiter la circulation. Vous me direz qu’il faut bien parfois s’isoler, voire isoler le fatras momentané par exemple d’une cuisine dont la vaisselle sale gît dans l’évier ou d’une chambre à coucher dont le lit doit s’aérer (grand prétexte pour ne pas avoir à alléguer une flemme passagère). Pour donc s’isoler ou dissimuler le désordre que personnellement j’ai en sainte horreur, il faut bien trouver un moyen. Et c’est là que les Japonais ont fait preuve de génialité. Ils ont inventé le paravent shoji qui n’est rien d’autre que la porte coulissante. Au niveau architectonique, elle n’occupe pratiquement pas de place et permet l’installation de meubles au gré du goût de chacun et non en fonction de l’espace que veut bien nous laisser la porte lorsqu’elle s’ouvre. Toujours au niveau de la décoration, elle permet aussi lorsqu’elle est réalisée en papier de riz ou en verre translucide, de laisser passer la lumière, de jouer avec elle, sans faire aucune concession à la vie privée. Fermée elle est une continuité du mur, ouverte, elle est comme une cessation du mur et non comme chez nous, le résultat d’une cassure de celui-ci que l’on décide de dissimuler par un procédé somme toute, fort disgracieux. La porte coulissante au lieu de diviser et couper l’espace le magnifie. Ouverte, elle permet à la fois continuité et harmonie de deux pièces dont les fonctions pourraient pourtant être bien distinctes. Fermée, elle redonne à chaque espace son intégrité et favorise l’intimité. Qu’il s’agisse du partage ou de la réunion, il n’y a aucune intrusion d’un morceau de bois rompant l’espace dans ses trois dimensions planté bêtement debout comme un totem inutile. Chez les Japonais, cette continuité donne l’impression de circuler chez soi en toute liberté et d’effectuer une calme promenade. C’est comme l’eau qui coule paisiblement dans son lit. Chez nous, son absence s’apparente à une suite d’effractions, à l’ascension fastidieuse d’un rocher escarpé. Quant aux nuisances sonores, elles n’existent tout simplement pas avec la porte coulissante. Essayez de la faire claquer et vous aurez bien du mal. Chez les Nippons, il faut trouver autre chose pour montrer qu’on est en colère. Permettez-moi enfin de faire jouer la corde sensible de la sécurité. Combien de doigts coincés dans les portes, combien de coups en pleine figure et de nez cassés? Combien de jeunes enfants qui traînent derrière les portes, frappés de plein fouet par une ouverture sans ménagement ? Combien de manches de djellabas retenues par les poignées de porte qui dans l’élan vous font lâcher le plateau et valser la théière avec les jolies tasses d’époque achetées à Drouot.? Que de violence sans aucune contrepartie! Il n’y a d’ailleurs que chez nous que cette hérésie existe. Même chez les arabes, la seule porte est celle qui reste constamment fermée, celle de l’entrée principale. Les autres pièces sont séparées par des rideaux qui, tout compte fait, sont, en plus soyeux et chaleureux, l’équivalent de la porte coulissante. Faisons donc campagne pour une généralisation de la porte coulissante et son expansion aura bien des répercussions dans notre vie quotidienne, car bien que n’étant pas une adepte forcenée du Feng Shui, il n’en demeure pas moins que l’harmonie et l’esthétique influent directement sur nos humeurs et nos vies. |